Le Mot du Président Jean-Philippe Bouchaud

Quand avez-vous eu l’idée de créer la Fondation CFM ?

L’idée revient en fait à Jean-Pierre Aguilar. Je m’en souviens parfaitement, c’était pendant le mois de Juillet 2006. J’étais aux Houches, ou je co-organisais une École d’Été sur les “Systèmes Complexes”. On se parlait régulièrement au téléphone, je lui parlais des étudiants qui suivaient les cours. Il m’a dit: “CFM a beaucoup embauché de docteurs en physique, et a construit son succès grâce à la qualité de ses chercheurs, formés par l’université. Tu ne crois pas que le moment est venu de renvoyer la balle et de contribuer au financement des thèses en France ?”. Je lui ai dit que c‘était une idée superbe, généreuse comme il savait l‘être pour les choses qui lui tenaient à cœur. Il était, comme moi, effondré de la dégradation des conditions de travail et de l’image des chercheurs en France. Il croyait vraiment à la recherche; il pensait que c’était le poumon d’une entreprise innovante mais aussi d’un pays comme la France, et que son étouffement était une chose grave.

En quoi votre parcours vous a-t-il poussé à créer une fondation ?

Je fais de la recherche depuis presque 30 ans maintenant, et je continue à trouver cette activité absolument passionnante, nécessaire. Je trouve important que les jeunes qui partagent cette passion puissent à leur tour s’investir dans cette aventure intellectuelle exigeante, mais extraordinairement formatrice. Notre idée, avec Jean-Pierre, était de créer des bourses de thèse généreuses, qui permettent à quelques étudiants en sciences fondamentales (maths, physique, informatique, etc.) de s’engager dans cette voie dans de bonnes conditions financières, sans se dire dès le départ que la recherche est un nouvel ordre mendiant. Il faut redorer le blason de l’effort intellectuel, du long terme, de la recherche créatrice. C’est l’ambition, à notre échelle très modeste, de la Fondation CFM et des bourses JP Aguilar.

Comment voyez-vous se développer la Fondation dans les années à venir?

Tout dépend bien sûr des financements que nous pourrons obtenir, en particulier des dons privés ou provenant d’entreprises qui veulent soutenir notre action. Je souhaiterais que la Fondation prenne une part active dans la vie scientifique française, en participant au financement de conférences ou d’évènements particuliers, peut-être à la publication d’ouvrages ou de revues, à la création de chaires qui permettent d’inviter des chercheurs étrangers de renom. Les projets ne manquent pas ! Et puis il faudrait aussi penser à d’autres disciplines, comme l’histoire ou les sciences humaines, qui souffrent encore plus que les disciplines scientifiques d’un manque chronique de financement…

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